Animal âgé
Maladie rénale du chat âgé : repérer, dépister, accompagner
L'essentiel
- Selon le Cornell Feline Health Center, la maladie rénale chronique touche jusqu'à 40 % des chats de plus de 10 ans et 80 % des chats de plus de 15 ans.
- Elle reste longtemps silencieuse ; quand le chat boit et urine plus, maigrit ou mange moins, elle évolue souvent depuis longtemps.
- Le dépistage repose sur une prise de sang (créatinine, SDMA), une analyse d'urine, dont la densité basse est l'un des premiers signes, et la mesure de la tension artérielle.
- L'alimentation rénale sur prescription est la mesure la mieux démontrée pour ralentir la maladie et prolonger la vie ; elle s'introduit progressivement, sans jamais laisser le chat sans manger.
Les reins font bien plus que fabriquer l'urine. Ils filtrent le sang et éliminent les déchets, retiennent l'eau dont le corps a besoin, participent au réglage de la tension artérielle et stimulent la production des globules rouges. Chez le chat âgé, ils s'usent souvent lentement, sans bruit. C'est la maladie rénale chronique.
Elle ne se guérit pas : les reins abîmés ne se réparent pas. Mais elle se ralentit, et le Cornell Feline Health Center souligne que plus elle est diagnostiquée et traitée tôt, meilleures sont la qualité de vie et la survie. Trois temps, donc : ce que vous pouvez voir, ce que le vétérinaire mesure, et ce que vous pouvez faire.
1. Ce que vous voyez
La soif et les urines. Le rein malade ne sait plus concentrer l'urine. Le chat urine donc davantage et compense en buvant plus. Vous le remarquez à la gamelle qui se vide plus vite, au chat installé sous le robinet, au bac plus lourd. Pour en avoir le cœur net, remplissez la gamelle avec une quantité mesurée et regardez ce qu'il reste le lendemain, plusieurs jours de suite.
Le poids et les muscles. L'amaigrissement s'installe doucement : le dos devient anguleux, les cuisses fondent. Pesez votre chat chaque mois, c'est souvent la balance qui donne l'alerte la première.
L'appétit et le confort. Appétit capricieux, nausées, vomissements, mauvaise haleine, fatigue, poil terne et négligé : International Cat Care cite tous ces signes possibles.
Les complications. La maladie s'accompagne souvent d'une hypertension et d'une anémie. Selon Cornell, l'hypertension peut provoquer des troubles soudains de la vue, une désorientation ou une faiblesse ; l'anémie rend le chat las, peu gourmand, avec des gencives pâles.
Le piège, c'est que le chat cache bien ses faiblesses et qu'aux premiers stades, il n'y a souvent aucun signe. D'où l'intérêt d'un bilan régulier dès que votre chat prend de l'âge, comme le décrit notre fiche chien et chat senior.
2. Ce que le vétérinaire mesure
| Examen | Ce qu'il apporte |
|---|---|
| Créatinine (prise de sang) | Déchet éliminé par les reins : il s'accumule quand la filtration baisse |
| SDMA (prise de sang) | Autre marqueur de la filtration, qui complète la créatinine |
| Urée, phosphore, potassium, globules rouges | Le retentissement de la maladie sur l'organisme |
| Densité urinaire (analyse d'urine) | La capacité à concentrer l'urine ; une urine diluée est l'un des premiers indices |
| Rapport protéines sur créatinine urinaire | Les fuites de protéines par le rein, qui pèsent sur le pronostic |
| Culture d'urine | Exclure une infection urinaire |
| Tension artérielle | Dépister une hypertension, qui menace les yeux, le cœur et le cerveau |
| Échographie | La taille et la structure des reins |
Pour l'urine, le vétérinaire peut vous confier une litière spéciale non absorbante, ou prélever directement dans la vessie avec une aiguille très fine. Ce geste, la cystocentèse, est bien toléré et donne l'échantillon le plus fiable.
Une seule prise de sang ne suffit pas toujours. Un chat déshydraté ou malade peut avoir des valeurs faussement alarmantes. La Société internationale d'intérêt rénal (IRIS) a défini un classement en quatre stades, fondé sur la créatinine et la SDMA. Il ne s'applique qu'à un chat stable et bien hydraté, avec au moins deux prises de sang à quelques semaines d'intervalle. On y ajoute deux critères : la présence de protéines dans l'urine et la tension artérielle. Ce stade guide le traitement et le rythme du suivi.
3. Ce que vous pouvez faire
L'alimentation rénale
C'est le pilier du traitement, et souvent la première mesure. Les aliments rénaux sur prescription sont pauvres en phosphore, modérés en protéines et en sodium, enrichis en certaines vitamines et en antioxydants. Selon Cornell, certaines études montrent que les chats malades des reins nourris avec un aliment rénal vivent deux à trois fois plus longtemps que ceux qui reçoivent un aliment standard.
Encore faut-il que le chat le mange. International Cat Care conseille une transition progressive, sur une à deux semaines ou plus, en mélangeant les deux aliments et en augmentant peu à peu la part du nouveau. Le tiédir à la température du corps le rend souvent plus appétent. Il existe des textures et des goûts variés : si votre chat boude l'un, demandez à en essayer un autre. Et surtout, un chat qui ne mange plus se met vite en danger. S'il refuse tout, appelez le vétérinaire au lieu d'insister.
L'eau, encore l'eau
La déshydratation accélère les dégâts. Privilégiez l'aliment rénal humide, multipliez les points d'eau dans la maison, essayez une fontaine, ajoutez un peu d'eau dans la pâtée. À un stade plus avancé, le vétérinaire peut vous apprendre à donner des perfusions sous la peau à la maison, à un rythme qu'il fixe. Beaucoup de propriétaires y arrivent très bien.
Les traitements associés
Selon les résultats, le vétérinaire peut prescrire un médicament contre l'hypertension ou les pertes de protéines, un traitement de l'anémie, un chélateur du phosphore, du potassium, un anti-nauséeux ou un stimulant de l'appétit. Rien de tout cela ne s'improvise. Et jamais d'anti-inflammatoire humain : ces médicaments réduisent l'irrigation des reins et sont dangereux pour le chat, comme l'explique notre fiche sur les médicaments humains dangereux pour les animaux.
Le suivi, au fil des mois
Une fois le diagnostic posé, les contrôles reviennent à intervalles réguliers : tension artérielle, prise de sang, analyse d'urine. Leur rythme dépend du stade et de la stabilité de votre chat. Entre deux visites, tenez un petit carnet : poids mensuel, appétit, eau bue, vomissements, humeur. Ces notes valent de l'or pour ajuster le traitement.
L'évolution varie beaucoup d'un chat à l'autre. Selon Cornell, les chats diagnostiqués au stade 2 vivent en moyenne deux à trois ans dans de nombreuses études, ceux diagnostiqués au stade 4 moins de six mois. Ce sont des moyennes, et un chat bien suivi, qui mange et boit bien, peut vivre longtemps et confortablement avec ses reins fatigués.
Quand consulter sans attendre
- Votre chat boit plus, vide sa gamelle plus vite ou boit à des endroits inhabituels, comme le robinet ou la douche.
- Le bac à litière est plus lourd, les boules d'urine plus grosses ou plus nombreuses.
- Il maigrit, son dos devient osseux ou son poil se ternit.
- Il mange moins, vomit plus souvent qu'avant ou a mauvaise haleine.
- Il semble soudain aveugle, a les pupilles dilatées ou paraît désorienté : l'hypertension peut toucher les yeux et le cerveau.
- Il ne mange plus depuis plus d'un jour : un chat qui jeûne se met vite en danger.
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un·e professionnel·le de santé ou d'un·e vétérinaire.