Hiver & voies respiratoires
Mal de gorge : collutoire, spray, pastille ou gargarisme ?
L'essentiel
- La grande majorité des maux de gorge sont d'origine virale et guérissent seuls en quelques jours ; les antibiotiques n'ont aucun effet sur les virus.
- Pastilles, sprays et collutoires contiennent en général un antiseptique, un anesthésique local ou un anti-inflammatoire : ils soulagent localement, sans raccourcir la maladie.
- Contre la douleur et la fièvre, un antalgique par voie orale est plus efficace que les traitements locaux, à choisir selon vos contre-indications.
- Les pastilles ne conviennent pas aux jeunes enfants, à cause du risque de fausse route.
Au rayon gorge de la pharmacie, l'offre est vaste : sprays, pastilles à sucer, flacons de collutoire, solutions à gargariser. Les emballages se ressemblent, les promesses aussi. Pourtant, ces produits ne contiennent pas les mêmes choses et ne conviennent pas à tout le monde. Voici comment s'y retrouver.
Quatre formes, un même objectif : soulager
| Forme | Comment ça s'utilise | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Collutoire | Liquide appliqué sur la gorge, aujourd'hui presque toujours en flacon pulvérisateur | Action rapide, ciblée sur la zone douloureuse | Effet de courte durée ; l'embout doit viser le fond de la gorge |
| Spray buccal | Pulvérisation directe dans la gorge | Pratique, discret, dosage régulier | Peut faire tousser ; âge minimal à vérifier |
| Pastille à sucer | Fond lentement dans la bouche | Prolonge le contact et fait saliver, ce qui humidifie la gorge | Sucre ou édulcorants ; risque de fausse route chez l'enfant |
| Gargarisme | Solution qu'on fait bouillonner au fond de la gorge, puis qu'on recrache | Rince toute la zone | Demande de savoir gargariser sans avaler, donc pas avant un certain âge |
La forme compte moins que le contenu. Avant de choisir, regardez la composition : c'est elle qui détermine l'effet et les précautions.
Ce que contiennent ces produits
Les antiseptiques
Chlorhexidine, hexétidine, chlorure de cétylpyridinium ou alcool dichlorobenzylique réduisent le nombre de germes à la surface de la muqueuse. Le problème, c'est qu'un mal de gorge est le plus souvent viral, et que l'infection se joue en profondeur. Les recommandations des HUG le disent clairement : les sprays et pastilles antiseptiques n'ont pas démontré leur efficacité. Utilisés trop longtemps, ils peuvent en outre perturber la flore de la bouche ; la chlorhexidine peut aussi colorer les dents et modifier le goût.
Les anesthésiques locaux
Lidocaïne ou benzocaïne endorment la gorge pendant un moment. Le soulagement est réel mais bref. Le piège, c'est l'engourdissement : avaler devient moins précis. Attendez que la sensation normale revienne avant de manger ou de boire, surtout chez l'enfant et la personne âgée. Des réactions allergiques sont possibles.
Les anti-inflammatoires
Certaines pastilles contiennent un anti-inflammatoire non stéroïdien, comme le flurbiprofène, et certains sprays de la benzydamine. Ils diminuent la douleur et le gonflement. Les pastilles aux anti-inflammatoires gardent les précautions de leur famille : demandez conseil si vous êtes enceinte, si vous avez eu un ulcère, si un anti-inflammatoire ou l'aspirine vous a déjà déclenché une crise d'asthme, ou si vous prenez un anticoagulant.
Le reste de la composition
Menthol, eucalyptol et autres huiles essentielles donnent une sensation de fraîcheur, mais ces dérivés terpéniques ne conviennent pas aux très jeunes enfants ni aux enfants ayant déjà fait des convulsions. Les pastilles sans sucre contiennent des polyols qui, en grande quantité, peuvent provoquer des ballonnements ou une diarrhée. Pour lire une composition sans vous perdre, notre fiche lire une notice vous guide.
Ce qui soulage le plus
Pour la douleur et la fièvre, les recommandations suisses privilégient un antalgique par la bouche : paracétamol, ou anti-inflammatoire comme l'ibuprofène si vous n'avez pas de contre-indication. Ils agissent sur l'ensemble de la gorge, plus longtemps qu'un produit local. Le pharmacien ou la droguiste vous aide à choisir selon vos traitements et votre santé.
À côté, les gestes simples comptent : boire régulièrement, préférer des aliments frais et faciles à avaler, humidifier l'air de la chambre. Le froid calme souvent la douleur, une glace ou un yaourt frais par exemple. Les gargarismes à l'eau tiède salée sont peu étudiés, mais sans risque chez qui sait gargariser.
Si vous utilisez malgré tout un produit local, limitez-vous à quelques jours et n'en cumulez pas plusieurs : deux produits différents peuvent contenir le même anesthésique ou le même anti-inflammatoire. Si la douleur ne diminue pas après trois ou quatre jours, ou si elle augmente, faites-vous examiner.
Virale ou bactérienne ?
Un mal de gorge accompagné de rhume, de toux, d'enrouement ou d'yeux qui coulent évoque fortement un virus. Il dure en général trois à quatre jours et passe tout seul.
L'angine à streptocoque ne représente qu'une petite partie des cas, environ 5 à 15 % chez l'adulte. Elle se manifeste plutôt par une fièvre, des amygdales gonflées couvertes de dépôts, des ganglions douloureux sous la mâchoire, et l'absence de toux. Le médecin peut alors faire un test rapide sur un frottis de gorge. En Suisse, même une angine à streptocoque ne justifie pas toujours un antibiotique chez l'adulte : la décision se discute avec le médecin. Une pastille ou un spray, quel que soit son contenu, ne remplace jamais cet examen quand il est nécessaire.
Chez l'adolescent ou le jeune adulte, une angine très douloureuse avec une grande fatigue peut aussi évoquer une mononucléose, qui mérite une consultation.
Et chez l'enfant ?
Chez l'enfant, les HUG recommandent une alimentation légère et fraîche, une bonne hydratation, et le paracétamol en cas de forte fièvre ou de douleur intense. Les sprays antalgiques peuvent soulager localement, à condition de respecter l'âge indiqué sur la notice. Les pastilles sont réservées aux enfants assez grands pour les sucer sans les avaler, en général pas avant 6 ans.
Ne donnez jamais à un enfant un reste d'antibiotique ou un produit pour adulte. Et si votre enfant tousse aussi, notre fiche toux grasse ou toux sèche fait le point sur les sirops.
Quand consulter sans attendre
- Difficulté à avaler sa salive, enfant qui bave, voix étouffée
- Gêne pour respirer ou difficulté à ouvrir la bouche
- Douleur nettement plus forte d'un côté, ou gonflement du cou
- Forte fièvre avec amygdales couvertes de dépôts et ganglions douloureux au cou, sans toux ni rhume
- Mal de gorge qui dure plus d'une semaine, qui revient souvent ou s'accompagne d'une grande fatigue
- Enfant qui boit très peu ou qui n'a pas uriné depuis 8 heures
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un·e professionnel·le de santé ou d'un·e vétérinaire.