Hiver & voies respiratoires
Toux grasse ou sèche : la reconnaître et choisir le bon sirop, ou aucun
L'essentiel
- La toux est un réflexe de défense : une toux grasse évacue des sécrétions et ne doit pas être bloquée.
- On n'associe jamais un antitussif à un mucolytique ou à un expectorant : l'un fluidifie les sécrétions, l'autre empêche de les évacuer.
- Chez l'enfant de moins de 2 ans, ni mucolytique ni antitussif : on dégage le nez, on fait boire et on surveille la respiration.
- Les médicaments contenant de la codéine sont proscrits chez l'enfant de moins de 12 ans.
En hiver, la toux est l'une des premières raisons de pousser la porte d'une pharmacie ou d'une droguerie. Et la première question posée au comptoir est presque toujours la même : grasse ou sèche ? Voici les réponses aux questions qui reviennent le plus souvent.
Comment savoir si ma toux est grasse ou sèche ?
Une toux grasse, ou productive, s'accompagne de sécrétions. On les entend bouger dans la poitrine ou la gorge, on a envie de les dégager, et on crache parfois. Les enfants, eux, avalent souvent ce qu'ils ont toussé.
Une toux sèche ne ramène rien. Elle est irritative, déclenchée par un chatouillement dans la gorge, et vient souvent par quintes. Elle épuise et gêne le sommeil.
Un même rhume passe souvent par les deux : une toux sèche au début, plus grasse ensuite, puis sèche à nouveau quand les bronches restent irritées quelques semaines.
Que font les sirops pour la toux grasse ?
On en trouve deux familles. Les expectorants, comme la guaïfénésine, sont censés faciliter le rejet des sécrétions. Les mucolytiques, comme l'acétylcystéine, la carbocistéine, l'ambroxol ou la bromhexine, rendent le mucus plus fluide.
Leur efficacité reste modeste et discutée. Les recommandations des HUG pour l'adulte ne les retiennent pas pour une infection banale des voies respiratoires. Boire suffisamment tout au long de la journée reste la façon la plus simple de garder des sécrétions fluides.
Et pour la toux sèche ?
Les antitussifs calment le réflexe de toux. Certains appartiennent à la famille des opiacés, comme la codéine ou le dextrométhorphane. D'autres sont des antihistaminiques qui font dormir.
Ils ne se justifient que pour une toux sèche qui empêche de dormir, et pour quelques jours seulement. Ils ont leurs pièges : somnolence, risque au volant, interactions avec certains antidépresseurs pour le dextrométhorphane. Signalez donc toujours vos autres traitements.
Pour la codéine, la règle est stricte. En Suisse comme en Europe, les médicaments qui en contiennent sont proscrits avant 12 ans, et chez tout enfant après une opération des amygdales ou des végétations. La raison : selon son patrimoine génétique, l'enfant transforme la codéine en morphine de façon imprévisible, avec un risque de surdosage et de troubles respiratoires.
Chez l'adulte et l'enfant de plus d'un an, un peu de miel peut adoucir la gorge. Jamais avant un an, à cause du risque de botulisme.
Pourquoi ne pas associer un antitussif et un mucolytique ?
Parce que les deux s'annulent, et pire encore. Le mucolytique augmente la quantité de sécrétions fluides à évacuer. L'antitussif supprime justement le mécanisme qui les évacue. Résultat : le mucus stagne dans les bronches, ce qui favorise l'encombrement et la surinfection.
Méfiez-vous aussi des produits combinés, qui associent parfois plusieurs principes actifs dans un même flacon. Et ne cumulez pas deux médicaments qui contiennent la même substance. La fiche lire une notice explique où trouver la composition.
Et chez les enfants de moins de 2 ans ?
C'est l'âge où la prudence est maximale. Les bronches du nourrisson sont étroites et sa toux est encore peu efficace pour évacuer le mucus. En France, les mucolytiques et mucofluidifiants sont contre-indiqués avant 2 ans depuis 2010, après des cas d'encombrement bronchique aggravé. Les antitussifs n'y ont pas leur place non plus, et les produits contenant des dérivés terpéniques, comme le camphre ou l'eucalyptol, sont contre-indiqués avant 30 mois à cause d'un risque de convulsions. Côté suisse, les HUG résument : les sirops contre la toux sont inefficaces chez l'enfant et peuvent parfois être dangereux.
Ce qui aide vraiment :
- dégager le nez plusieurs fois par jour au sérum physiologique, comme expliqué dans notre fiche lavage de nez ;
- proposer à boire souvent ;
- garder la chambre autour de 19 à 20 °C ;
- éviter toute fumée de tabac, y compris dans une autre pièce.
Combien de temps une toux peut-elle durer ?
Plus longtemps qu'on ne le pense. Chez le petit enfant, une toux virale disparaît le plus souvent en 10 à 14 jours, mais peut mettre trois à quatre semaines à s'éteindre sans complication. Chez l'adulte, un rhume dure une à deux semaines, et une toux sèche peut traîner encore après.
Au-delà de trois semaines, la toux mérite un avis médical : asthme, coqueluche, reflux ou autre cause doivent être recherchés. La coqueluche, avec ses quintes interminables qui finissent parfois en vomissement, est particulièrement dangereuse pour les nourrissons.
Chez l'adulte, une toux sèche qui s'installe sans rhume peut aussi venir d'un médicament. Certains traitements de l'hypertension, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion, font tousser une partie des patients. N'arrêtez pas votre traitement de vous-même : parlez-en à votre médecin, qui peut le remplacer.
Quand demander conseil au comptoir ?
Avant d'acheter un sirop, signalez si vous êtes enceinte ou allaitez, si vous êtes asthmatique, si vous fumez, si vous prenez des somnifères, des antidépresseurs ou des antidouleurs. Certains sirops contiennent aussi de l'alcool ou du sucre, ce qui compte pour un enfant ou une personne diabétique. Dans bien des cas, la meilleure réponse sera de ne rien prendre, et de laisser la toux faire son travail.
Quand consulter sans attendre
- Respiration rapide, sifflante ou difficile, ou creusement entre les côtes
- Lèvres bleutées, malaise ou pauses respiratoires pendant les quintes
- Fièvre qui dure plus de 3 jours, ou qui réapparaît après une amélioration
- Toux qui dure plus de 3 semaines
- Crachats contenant du sang, douleur dans la poitrine ou perte de poids
- Nourrisson qui boit moins de la moitié de ses quantités habituelles
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un·e professionnel·le de santé ou d'un·e vétérinaire.
Sources et références
- Afssaps (ANSM) : prise en charge de la toux aiguë chez le nourrisson de moins de deux ans (2010)
- HUG, Mon enfant est malade : mon enfant tousse
- HUG, blog des experts : codéine et toux chez l'enfant (2022)
- HUG, Service de médecine de premier recours : infections des voies respiratoires supérieures (2021)