Hiver & voies respiratoires
Spray nasal décongestionnant : quelques jours, pas plus
L'essentiel
- Les sprays décongestionnants à la xylométazoline ou à l'oxymétazoline débouchent le nez en quelques minutes, mais ne raccourcissent pas le rhume.
- Utilisés plus de quelques jours, ils exposent à une rhinite médicamenteuse : le nez se rebouche dès que l'effet s'estompe, ce qui pousse à pulvériser encore.
- Ils sont contre-indiqués en cas de glaucome à angle fermé et demandent un avis préalable en cas d'hypertension, de maladie cardiaque, d'hyperthyroïdie, de grossesse ou chez le jeune enfant.
- Pour décrocher, l'arrêt aidé de lavages à l'eau salée, parfois d'un corticoïde nasal, est la voie habituelle.
Une pression sur le flacon, et le nez se débouche en quelques minutes. Les sprays décongestionnants sont efficaces, et c'est justement ce qui les rend piégeux. Ils contiennent un vasoconstricteur, le plus souvent de la xylométazoline ou de l'oxymétazoline, qui resserre les petits vaisseaux de la muqueuse nasale. La muqueuse dégonfle, l'air passe, et l'effet dure plusieurs heures.
Ces sprays s'achètent sans ordonnance, en pharmacie comme en droguerie. Ils restent pourtant de vrais médicaments, avec des règles. Faisons le tri entre ce qu'on entend souvent et ce qui est exact.
Vrai ou faux ?
« Un spray décongestionnant soigne le rhume. »
Faux. Il soulage un symptôme, le nez bouché, mais n'a aucun effet sur le virus ni sur la durée du rhume. Le rhume guérit seul, en une à deux semaines, avec ou sans spray.
« Je peux l'utiliser tant que j'ai le nez bouché. »
Faux. La durée est limitée à quelques jours. Les recommandations suisses vont de 3 jours, pour les HUG, à 5 à 7 jours au grand maximum, pour les pharmaciens d'Unisanté ; les notices suisses parlent d'une semaine au maximum. Après une cure, il est conseillé de laisser la muqueuse se reposer deux semaines avant d'en recommencer une autre.
« Si mon nez se rebouche quand j'arrête, c'est que le rhume n'est pas fini. »
Pas forcément. C'est souvent l'effet rebond. À force de stimulation, la muqueuse répond moins bien au produit et regonfle dès que l'effet retombe, parfois plus qu'avant. On pulvérise alors plus souvent, et le cercle vicieux s'installe : c'est la rhinite médicamenteuse. Elle touche plus volontiers les jeunes adultes, les adultes d'âge moyen et les femmes enceintes. Certains conservateurs présents dans les flacons, comme le chlorure de benzalkonium, pourraient l'aggraver. Bonne nouvelle : la muqueuse se répare en général dans les deux semaines qui suivent l'arrêt.
« Gouttes ou spray, c'est pareil. »
Plutôt faux. Le spray doseur libère une quantité définie, se répartit mieux sur la muqueuse et limite ce qu'on avale. Avec les gouttes, la pipette retourne dans le flacon après avoir touché le nez, ce qui est moins hygiénique. Dans tous les cas, un flacon par personne.
« C'est sans risque puisque c'est en vente libre. »
Faux. Les vasoconstricteurs nasaux sont contre-indiqués en cas de glaucome à angle fermé, de rhinite sèche ou atrophique, après certaines opérations par voie nasale, et avec les antidépresseurs de la famille des IMAO, qui exposent à une poussée d'hypertension. Ils demandent un avis préalable en cas d'hypertension, de maladie du cœur ou d'hyperthyroïdie.
Pendant la grossesse, l'eau salée passe en premier ; un vasoconstricteur nasal ne s'utilise qu'après avis médical ou pharmaceutique.
Chez l'enfant, il existe des dosages adaptés, avec un âge minimal précisé sur la notice. Jamais de spray pour adulte chez un enfant : chez le tout-petit, un surdosage peut provoquer une somnolence et des troubles du rythme cardiaque. En cas d'ingestion accidentelle, appelez Tox Info Suisse au 145.
« Les comprimés contre le rhume, c'est plus doux pour le nez. »
Faux. Les vasoconstricteurs par voie orale, comme la pseudoéphédrine ou la phényléphrine, passent dans tout l'organisme. Environ deux tiers des effets indésirables rapportés avec les vasoconstricteurs concernent ces formes orales. Des accidents rares mais graves, infarctus ou accident vasculaire cérébral, ont été décrits, et l'agence française du médicament recommande de ne pas les utiliser pour un simple rhume.
« Pour arrêter, il faut diminuer petit à petit. »
Ni vrai ni faux. Deux approches existent. L'arrêt net, conseillé dans plusieurs études, entraîne souvent une semaine de nez très bouché. L'autre option consiste à passer à un dosage plus faible avant d'arrêter, mais aucune étude ne permet de fixer un schéma précis. Dans les deux cas, des lavages de nez, plutôt avec une solution hypertonique, aident la muqueuse à dégonfler. Un corticoïde nasal, débuté si possible une semaine avant l'arrêt, peut aussi être proposé par le médecin ou le pharmacien. Et si le nez restait bouché avant même le premier spray, une cause sous-jacente doit être cherchée : allergie, polypes, grossesse.
Bien pulvériser, pour en mettre moins
Une bonne technique donne l'effet voulu sans multiplier les pulvérisations. Mouchez-vous d'abord doucement. Penchez légèrement la tête en avant. Introduisez l'embout dans la narine en le dirigeant vers l'extérieur, du côté de l'oreille, plutôt que vers la cloison du milieu, qui saigne facilement. Pulvérisez en inspirant doucement par le nez, sans renifler fort, sinon le produit file dans la gorge. Essuyez l'embout et refermez le flacon. Pour les gouttes, basculez la tête en arrière et gardez la position quelques instants.
Les alternatives au quotidien
Pour un rhume ordinaire, des mesures simples suffisent souvent :
- rincer le nez à l'eau salée, aussi souvent que nécessaire, comme détaillé dans notre fiche lavage de nez ;
- boire suffisamment ;
- aérer et humidifier les pièces, sans surchauffer ;
- surélever la tête du lit ;
- éviter la fumée de tabac.
Si un spray décongestionnant reste nécessaire pour dormir, choisissez une forme sans conservateur, notez le jour de la première pulvérisation et arrêtez-vous à la date prévue. La composition et la durée maximale figurent dans la notice : notre fiche lire une notice montre où les trouver.
Quand consulter sans attendre
- Vous utilisez un spray décongestionnant depuis plus d'une semaine, ou vous n'arrivez plus à vous en passer
- Nez bouché toujours du même côté, saignements répétés ou perte de l'odorat qui persiste
- Fièvre élevée, forte douleur au visage, gonflement ou rougeur autour de l'œil
- Symptômes de sinusite qui durent plus de 10 jours ou s'aggravent après une amélioration
- Hypertension, maladie cardiaque, glaucome, hyperthyroïdie ou grossesse, avant toute utilisation
- Nourrisson ou jeune enfant dont le nez bouché gêne l'alimentation ou le sommeil
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un·e professionnel·le de santé ou d'un·e vétérinaire.