Transit & hygiène intestinale
Huile de paraffine : le laxatif lubrifiant et ses trois pièges
L'essentiel
- L'huile de paraffine est un laxatif lubrifiant : elle enrobe les selles, les ramollit et facilite leur passage, sans être absorbée par l'intestin.
- Elle peut provoquer des fuites huileuses par l'anus, surtout quand la dose est trop forte.
- Avalée de travers, elle peut atteindre les poumons et provoquer une pneumopathie grave : elle est à éviter chez le jeune enfant, la personne alitée ou qui avale mal.
- Prise longtemps, elle gêne l'absorption des vitamines A, D, E et K ; on la réserve à un usage court, en second choix.
L'huile de paraffine, ou paraffine liquide, est une huile minérale issue du pétrole, purifiée pour l'usage médical. On la trouve sous forme d'huile à avaler, d'émulsion ou de gel aromatisé. Elle a l'avantage d'être douce pour l'intestin, mais elle cache trois pièges qu'il vaut mieux connaître avant d'en acheter un flacon.
Comment agit-elle ?
L'huile de paraffine n'est ni digérée ni absorbée. Elle traverse l'intestin en enrobant les selles, ce qui limite leur dessèchement, les ramollit et les fait glisser. Elle agit en six à huit heures environ.
La Pharmacie des HUG la classe parmi les laxatifs de second choix, à utiliser après échec des laxatifs osmotiques ou de lest. Elle est surtout utile quand le passage des selles fait mal, par exemple en cas de fissure ou d'hémorroïdes. Pour la comparer aux autres familles, voyez notre fiche constipation : quel laxatif choisir.
Quatre situations, quatre réponses
Cas 1 : Marc, 45 ans, une fissure et la peur d'aller à selle
Depuis une semaine, chaque selle est douloureuse. Marc retient ses selles, qui deviennent encore plus dures. Au comptoir, la pharmacienne lui conseille d'abord un laxatif osmotique et des mesures simples : boire, manger des fibres, bouger. Elle explique qu'une huile de paraffine pourrait dépanner quelques jours si la douleur reste vive.
Elle le prévient du premier piège : les fuites anales. L'huile n'est pas absorbée et peut suinter par l'anus, en tachant les sous-vêtements. Ce désagrément survient surtout quand la quantité prise est trop importante. Si cela arrive, il faut réduire la dose en suivant la notice, ou changer de laxatif. Si la fissure ne guérit pas en quelques semaines, Marc devra consulter.
Cas 2 : la grand-mère alitée qui avale de travers
Une fille s'occupe de sa mère de 88 ans, alitée depuis une fracture, qui tousse parfois en buvant. Elle pense à l'huile de paraffine, « parce que c'est naturel ». C'est ici le deuxième piège, le plus grave : l'inhalation.
Si l'huile passe dans les voies respiratoires au lieu de l'œsophage, elle se dépose dans les poumons et provoque une pneumopathie huileuse, aussi appelée pneumopathie lipoïde. Elle peut s'installer sans bruit, avec une toux, un essoufflement ou de la fièvre, et être sérieuse. Le risque est maximal chez les personnes alitées, très âgées ou qui ont des troubles de la déglutition. Pour elles, l'huile de paraffine est contre-indiquée. Les laxatifs de lest ne conviennent pas non plus, car ils peuvent provoquer un blocage chez une personne immobile. Un laxatif osmotique, choisi avec le médecin ou l'équipe de soins à domicile, est la voie à suivre.
Cas 3 : un enfant de 3 ans qui se retient
Les parents de Léa ont entendu parler de l'huile de paraffine pour les enfants. Là encore, le risque d'inhalation domine : un petit qui pleure, se débat ou boit couché peut avaler de travers. Chez l'enfant, les sociétés européenne et nord-américaine de gastroentérologie pédiatrique recommandent un laxatif osmotique en premier choix, plus efficace que les huiles minérales.
La règle est simple : pas d'huile de paraffine sans avis du pédiatre, jamais à un enfant qui se débat ou qui est allongé. Notre fiche constipation de l'enfant explique comment rompre le cercle vicieux de la retenue.
Cas 4 : Jean, qui en prend tous les soirs depuis des années
Jean, 70 ans, prend de l'huile de paraffine chaque soir depuis longtemps, par habitude. C'est le troisième piège : les vitamines liposolubles. L'huile retient dans l'intestin les vitamines qui se dissolvent dans les graisses, A, D, E et K, et gêne leur absorption. À la longue, des carences peuvent apparaître.
Un usage quotidien et prolongé n'est donc pas souhaitable, et une habitude installée depuis des années mérite d'être rediscutée avec le médecin de famille. C'est aussi pour cette raison que l'huile de paraffine est déconseillée pendant la grossesse : un manque de vitamine K chez la mère expose le nouveau-né à un risque de saignement.
Et les autres huiles ?
On entend parfois parler d'huile d'olive à jeun ou d'huile de ricin. Elles n'ont rien à voir avec l'huile de paraffine. Les huiles alimentaires sont digérées et absorbées comme les autres graisses : leur effet sur le transit est faible. L'huile de ricin, elle, est un laxatif stimulant puissant, qui peut provoquer des crampes et une diarrhée importante ; elle est à proscrire pendant la grossesse, car elle peut déclencher des contractions. Aucune de ces huiles ne remplace un avis quand la constipation dure.
Si elle est indiquée, bien l'utiliser
Quand le médecin ou le pharmacien juge l'huile de paraffine adaptée, quelques règles limitent les risques :
- la prendre en position assise ou debout, jamais couché, et pas juste avant d'aller dormir ;
- la prendre à distance des repas, pour limiter son effet sur les vitamines ;
- bien agiter les émulsions avant usage ;
- respecter la dose de la notice et s'arrêter dès que le transit est revenu ;
- ne pas dépasser une semaine environ sans avis.
En cas de toux, de gêne respiratoire ou de fièvre après une prise, surtout chez un enfant ou une personne fragile, consultez sans attendre.
Quand consulter sans attendre
- Toux, gêne respiratoire ou fièvre apparues après une prise d'huile de paraffine
- Personne alitée, très âgée ou ayant des troubles de la déglutition
- Enfant, quel que soit l'âge indiqué sur l'emballage
- Grossesse ou allaitement
- Constipation qui dure plus d'une semaine malgré le traitement
- Douleurs abdominales, vomissements ou sang dans les selles
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un·e professionnel·le de santé ou d'un·e vétérinaire.